




Mon travail de peinture s’inscrit dans une réflexion sur les relations entre formes, milieux et équilibres du vivant. La peinture y est envisagée comme un écosystème autonome, composé d’éléments hétérogènes — couleurs, matières, transparences, densités — qui coexistent sans hiérarchie préétablie. Le tableau ne fonctionne pas par opposition entre fond et forme, mais comme un champ relationnel, où chaque élément agit en fonction de son environnement immédiat.
Dans ce cadre, la manière de peindre cherche à coïncider avec les dynamiques observées dans les milieux naturels, et en particulier marins. Les processus biologiques — adaptation, transformation, coopération, dissolution, camouflage — ne sont pas illustrés, mais intégrés comme principes structurants du langage pictural. L’équilibre d’une œuvre n’est jamais imposé a priori : il émerge d’interactions progressives, comparables à celles qui régissent les écosystèmes.
Le mérou constitue un point d’ancrage important dans cette recherche. Son mode de vie, marqué par la fluidité des rôles sexuels, l’absence de hiérarchie reproductive, la coopération interspécifique et l’adaptation constante à l’environnement, offre un modèle biologique et politique particulièrement pertinent. Cette biologie non normative, stable sur des millions d’années, interroge nos représentations culturelles de la nature, du genre et de la productivité. Elle permet d’aborder la biodiversité non seulement comme un enjeu de conservation, mais comme une source de modèles alternatifs d’organisation du vivant.