Ecotones

Plus de 300 heures de dessin — ou de peinture ? Avec l’aquarelle, j’hésite toujours entre les catégories — pour tenter de rendre hommage à la complexité de cet agencement végétal en lisière de forêt.

Cette aquarelle est liée à une anecdote. Un jour, en rentrant d’une balade en forêt, des boules de bardane se sont retrouvées agrippées à mon jean. D’abord agacée par ces petits velcros impossibles à retirer, j’ai compris que si certaines plantes de mon jardin sont aussi celles de la forêt voisine, ce n’est pas seulement grâce au vent ou aux oiseaux, mais aussi à l’animal bipède que je suis.

Habituellement, c’est l’humain qui utilise les plantes.
Cette fois, c’est la plante qui utilise l’humain.

L’écotone désigne une zone de transition entre deux milieux, un espace où les limites cessent d’être fixes et où les formes de vie se rencontrent, se mélangent et se transforment. La lisière forestière est l’un de ces territoires instables : ni complètement forêt, ni tout à fait clairière, mais un lieu de circulation intense.

Le mot lui-même associe oikos, l’habitat, et tonos, la tension. Cette tension traverse mon travail. Elle apparaît dans ces zones où la forêt déborde de son propre territoire, où elle ne reste plus contenue dans un paysage mais continue son mouvement à travers les êtres et les matières.

Les plantes circulent discrètement : elles voyagent sur les vêtements, traversent les jardins, accompagnent les corps. Les frontières entre les milieux deviennent alors poreuses. Ce qui semblait séparé se révèle lié par d’innombrables échanges invisibles.

La lisière devient ainsi moins une frontière qu’un lieu de contamination réciproque, où chaque vivant transforme et transporte les autres.

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