Systèmes Végétatifs

S’accrocher au monde… mais à quoi ? Saisir quelque chose qui ne vous emprisonne pas, qui ne vous demande rien en échange, qui ne demande pas à être saisi, qui n’aurait aucun intérêt à être saisi. Saisir quelque chose qui soit dépourvu de volonté, qui vit, tout en dépendant de trop de facteurs pour donner l’impression de dépendre de quoi que ce soit en particulier. À quoi donc ? Un ciel de nuages peut-être, ou encore, des végétaux enracinés là par hasard… L’éthique des végétaux consiste à entrer en rapport avec l’espace, le sol, le vent, les insectes, les oiseaux…

S’apparier, s’accrocher, empoigner un végétal, faire rhizome, entrer en rapport avec ce système vivant. Avancer le bras, faire un geste, agir. Souvent la plante présente une résistance, des épines, des substances irritantes. Le geste d’accroche face à cette situation, devient un geste de capture, de prédation ; une intention vient s’immiscer dans la prise. La main devient patte, croc, griffe, gueule. Elle prend.

La prise ne peut s’arrêter là. Un élan conduit à vouloir saisir le végétal jusqu’à la racine. Déraciner. Tout geste, toute intention introduit un déséquilibre ou une rupture dans un milieu. Le végétal est extrait du sol tout entier (sauf en cas d’extraction violente où il s’arrache à la racine). L’opération effectuée, il ne reste qu’un organisme coupé de son environnement.

Défaire l’organisme, l’organisation.

Après avoir pris, serait-il possible de comprendre ? Une dissection fine ne suffirait pas à remonter la suite des causes et des conséquences qui ont élaboré la plante. L’organisme végétal n’est pas un mécanisme. Il ne s’agit donc pas de le comprendre,
mais plutôt de le saisir, de se saisir, d’être là, d’être en prise. Être en prise avec une structure vivante, trancher dans le vif, toucher pour croire au fait d’être là. Mettre à plat, faire carte de cette « emprise ».

À quel signe ou quelle sensation sait-on que l’on prend ? Qu’il y a eu prise ? Comment attester d’une prise par la vue ? Soumettre les choses à la lumière, mettre en lumière les surfaces d’un système et par le cadre solide de la photographie, continuer à construire, au-delà du fait de déconstruire la structure dévorée par les yeux du savoir.

Découvrir toutes les surfaces du végétal, tout en découpant toujours plus finement ses parties. Couper pour mettre à la surface, couper pour saisir fermement… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de prises, jusqu’à la soupe de particules, jusqu’à ne plus rien discerner. Aller jusqu’à la confusion, le mélange, mais continuer à voir et être en prise, avec un milieu grouillant et réunifié de toutes parts, dé-hiérarchisé.

Prendre jusqu’à n’avoir plus prise, serait-ce là le propre de l’être humain occidental?

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